Article "LA PSYCHOTHERAPIE et la REGLEMENTATION"


Ce qui se trame à propos de l’amendement Accoyer

Vous trouverez-ci dessous la retranscription de propos tenus par M. ALBERTINI
député-Maire de Rouen qui a apporté son soutien au premier Forum des psy à Rouen en mars 2004

- LE MAIRE DE ROUEN AU FORUM DES PSYS - FORUM DE MARSEILLE - FORUM DE MONTPELLIER
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Permettez-moi d'abord de vous dire merci, mesdames et messieurs, et de vous féliciter d'avoir réussi à rassembler autant de participants à ce Forum, dans la précipitation il faut bien le dire, puisque tout ceci s'est fait dans un délai très court. Mais le succès est au rendez-vous. Pour moi c'est d'autant plus réconfortant que nous sommes dans la maison de l'université que j'ai eu du mal à faire construire il y a quelques années parce que je considérais que ce campus étant extérieur à la ville, fruit de décisions prises dans les années soixante, il fallait absolument une interface entre la communauté universitaire et son environnement, un lieu qui soit de regroupement, de rassemblement, et de questionnement. ce que vous faîtes cet après midi répond parfaitement à mon objectif. J'en suis donc heureux.

1 - Pour la bio-diversité
Je voudrais d'abord vous dire en quelques mots ma satisfaction de participer, même modestement, à ce champ de réflexion, que vous avez ouvert. Sans même parler de la psychanalyse, de la psychiatrie, de la psychothérapie, on peut dire d'une manière générale que notre société prend une tournure inquiétante. Un signe en est que le débat public soit souvent d'une assez grande pauvreté, réduit à quelques paramètres simples, à des facteurs explicatifs de type unidimensionnel, alors que la réalité est beaucoup plus complexe. Cette tendance est dangereuse. Elle se manifeste dans le domaine culturel, domaine de la recherche, mais aussi dans celui de l'organisation de notre système politique. Comme je milite pour la « bio diversité politique », je souhaite que la voix de la petite famille politique que je représente soit entendue, et j'aimerais bien que le débat politique prenne une autre tournure. Nous sommes guettés tous, par à la fois le conformisme de la pensée et par la marchandisation de la société. Ce n'est pas le contexte électoral qui me conduit à le dire : j'avais écrit un petit livre en 1997 qui s'appelait La crise du politique, où je témoignais du désenchantement croissant que je ressentais chez les gens que je pouvais côtoyer dans toutes les circonstances de la vie. Contre le conformisme de la pensée, contre la tendance à la marchandisation, votre questionnement est utile et fécond, il va loin.

2 - Des lois inutiles
Je voudrais maintenant développer deux observations.
La première concerne la méthode. C'est à la faveur d'un amendement au mois d'octobre dernier, l'amendement Accoyer, que l'on a commencé à parler de la réglementation de l'activité des psychothérapeutes. Aucun débat n'avait précédé cette affaire, aucune concertation particulière n'avait eu lieu à l'occasion d'un texte de santé publique. On voit surgir d'un seul coup, d'un seul, une disposition qui n'a été nullement préparée, nullement enrichi ou contesté par une discussion préalable. Or, si nous sommes dans une démocratie représentative, cela suppose que le Parlement ne soit pas le seul lieu du débat politique. Devant l'ampleur du mouvement de protestation et d'inquiétude, on a fait retirer cet amendement. Un autre a surgi au Sénat l'amendement Giraud, qui est devenu l'amendement Mattéi, parce que le ministre de la santé l'a repris à son compte. Tout cela au mois de janvier, encore une fois sans que les principes mêmes de la démocratie élémentaire aient été satisfaits, à savoir une concertation, une réflexion ouverte, un débat. Qui peut prétendre dans ces matières, détenir à lui tout seul la vérité ? Procéder de manière unilatérale et autoritaire est absurde. Vous me permettrez de le relier à un autre danger que je dénonce depuis quelques semaines avec force : la réforme de la santé publique, qu'on nous indique devoir peut-être être faite par ordonnance. Pour le parlementaire de base que je suis, c'est la négation de ce que j'essaie de représenter - à savoir être un représentant de la nation, participer à un débat, et prendre mes responsabilités en votant, en soutenant, en critiquant ou en repoussant un texte. Je trouverais tout à fait préjudiciable que la réforme de la santé se produise par ordonnance. Peut-on réformer la santé publique sans le minimum d'adhésion de ceux qui la font vivre ? Je crois que ce débat n'est pas fini, il ne fait que commencer. Le texte reviendra en discussion à partir du mois d'avril. C'est l'occasion que chacun des parlementaires prenne ses responsabilités et que les grandes familles politiques s'expriment. Elles ont commencé à le faire, et grâce à vous - parce que nous avons tous été un peu surpris par la rapidité des évènements. Moi-même j'ai pris le train avec retard, parce qu'aucun signe avant-coureur ne laissait présager que le débat prendrait cette tournure.
Donc, sur le plan de la méthode je manifeste ma totale désapprobation à l'égard de celle qui a été employée.

Deuxième observation, sur le fond. Je crois qu'il y a une tendance très forte à légiférer, codifier, réglementer, et dans un certain nombre de cas interdire. Cela pose la question de l'articulation entre ce qui doit être de la compétence de la loi, et ce qui doit demeurer de la sphère privée, de l'espace de liberté, de l'intimité de chacun d'entre nous. On peut le voir à propos de l'affaire du voile. Est-ce qu'une forme d'interdit résoudra un problème beaucoup plus grave que le port d'un signe distinctif ? Personnellement je ne le crois pas, et j'ai voté contre ce texte. Quand le pouvoir politique légifère trop, dans l'instant, dans la précipitation, dans l'émotion, c'est qu'il n'a pas la constance, la cohérence, la capacité d'anticiper, que représente un pouvoir fort de l'adhésion de nos concitoyens.

On fête cette année le bicentenaire du Code civil, et l'une des maximes qui est maintenant devenue très connue : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. »

3 - Humanisme
J'en viens à ce qui vous préoccupe plus particulièrement. Il y a, je crois, une méconnaissance profonde de ce que représente l'intérêt même de la psychanalyse et de sa démarche. Vous l'avez dit il y a quelques instants, cette libération que représente la parole va très au-delà de la capacité de soulager un être qui souffre. C'est aussi une certaine conception de la personne humaine qui est en question. Il y a incontestablement tendance à la médicalisation : l'homme objet, objet de science, objet d'investigation clinique, objet de réglementation. Pour moi qui appartiens à une famille dont le fondement essentiel est le respect de la personne humaine, c'est-à-dire le personnalisme, c'est en effet quelque chose d'extrêmement dangereux. À travers l'amendement Accoyer comme à travers l'amendement Giraud-Mattéi, comme à travers ces tentatives qui se développent devant nous, se posent deux questions de fond. La première est celle de la conception même de la personne. Est-ce que l'on va enfin admettre que l'homme dans toute sa complexité est un être unique, qu'on ne va pas saucissonner, découper en tranches ? Il assume son destin à sa manière, et la psychanalyse est elle-même une forme de respect de l'humanisme, de l'homme dans tout ce qu'il représente de contradictions, de différences entre le conscient et l'inconscient. Ceci est au cœur de votre questionnement, très au-delà des amendements dont nous avons parlés : concevoir l'homme tout entier, et ne pas en faire un objet de médicalisation. Dans ce domaine, nous devrions être depuis longtemps les adeptes d'une certaine humilité, parce que la surconsommation des psychotropes dans notre pays vous est connue, dénoncée, et si nous avions obtenu des succès patents et reconnus, ça se saurait depuis longtemps. Je crois donc qu'une certaine humilité s'impose. Là-dessus, le questionnement que vous avez ouvert est extrêmement fécond. Au-delà se pose une deuxième grande question de fond, celle de la démocratie, c'est-à-dire de la liberté et de la responsabilité de chacun de nous, ce couple indissociable qui est celui de la liberté et de la responsabilité.

4 - Marc Sangnier
Pour conclure, je recherchais une phrase qui pouvait caractériser et définir le mieux la démocratie pour moi. Eh bien, je l'ai trouvée, et ce n'est pas un hasard, chez Marc Sangnier. Vous voyez que je boucle la boucle à ma manière, que j'assure moi-même ma propre cohérence avec moi-même, ou que j'essaie de le faire. Marc Sangier était l'un des fondateurs du personnalisme chrétien. Voici comment il définit la démocratie : « La démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum, qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité de chacun. » Je trouve qu'il y a de quoi méditer. Je souhaite vraiment qu'à partir du mois d'avril nous puissions continuer ensemble cette interrogation que vous avez ouverte, de manière à ce qu'on puisse au moins tenter de s'opposer aux amendements funestes. Je sais que votre coordination a soutenu la démarche du sénateur Gouteyron qui consiste non pas du tout à légiférer, non pas du tout à codifier, non pas du tout à réglementer, mais à créer plutôt, dans une démarche beaucoup plus large de type déontologique, un conseil représentatif des différents collèges qui composent le monde diversifié des psychothérapies. Je crois que c'est intéressant parce que ça donne aux acteurs eux-mêmes le soin de faire progresser la réflexion, et de le faire dans une démarche de responsabilité et de liberté. Je souhaite que la porte que vous avez entre-ouverte cet après-midi soit violemment ouverte dans les mois qui viennent, car il y a beaucoup à faire dans le champ que vous avez ouvert à notre réflexion collective.

- Établi à partir de l'enregistrement par Martine Desmares et Michèle Couboulic, non relu par l'auteur.
FORUM DE MARSEILLE Paris, le 18 mars (ALP) - Le samedi 13 mars, de 14 h à 20 h 15, s'est tenu « non-stop » le premier Forum des psys à Marseille. La nouvelle faculté de droit, sur la Canebière, servit de cadre. Nous étions à quelques mètres du lieu dit « Les Réformés » d'où partent les grandes manifestations qui ont toujours su dire non aux mesures liberticides. Ce choix était volontaire. Non point la Marseille soft et propre loin du centre, mais la Marseille populaire, au cœur de la ville, là où passent et repassent les populations bigarrées et où le multiculturel n'est pas un vain mot. Plus bas, à gauche, la mer et son vieux port d'origine grecque ; plus haut, à droite, un immense palais de carton-pâte à la gloire de l'eau canalisée par le XIXe siècle triomphant. Bref, ce Forum n'était pas pour nous un colloque ou une seule réunion scientifique. Plus de 530 personnes répondirent à l'appel. Nous en escomptions 400. Plus de 130 se déplacèrent de toute la région. Notre choix de départ - une forme de pari - était un forum-mosaïque aux intervenants multiples. Il y eut 32 interventions pendant plus de six heures ! Ce fut un rythme accéléré, dense, sans temps mort. Chacun le savait - l'élu politique comme le directeur du Cnrs, le professeur de médecine comme l'artiste - il fallait faire court, être percutant, savoir dire un soutien, éviter la langue de bois et les mots d'ordre.

Nous avions prévu un programme, construit, réfléchi. Il fut allègrement transformé au cours du Forum. Des intervenants contactés mais qui s'étaient désistés ou avaient diplomatiquement exprimé leurs regrets, sont venus, sans prévenir, en cours de route. On changea le programme pour leur faire une place. Ce fut un désordre joyeux et sérieux. Notre second pari était de rassembler des intervenants connus, voire médiatiques, qui, chacun dans leur discipline, font autorité, actualisent un réseau, une sensibilité. Le pari fut tenu. Leur oui fut simple et franc. Beaucoup vinrent accompagnés. Bref, un front se construisit avec ses leaders. H. Castanet avait tenu à rencontrer, au préalable, chaque intervenant pour préparer le Forum.

1 - Les raisons d'un non
La première partie fut une rencontre entre les psys et les élus politiques. Comment notre combat, impulsé par Jacques-Alain Miller, était-il reçu des élus ? Combat corporatiste ? Maintien des privilèges ? Querelles d'intellectuels ? Prise de pouvoir au sein des psychanalystes ? Volonté d'être hors contrôle ? L'enjeu du débat, de ce non ferme adressé aux amendements Accoyer puis Giraud-Mattéi, fut dégagé par H. Castanet et par Roland Gori. On sait que ce dernier, professeur de psychopathologie à l'université d'Aix, est d'accord avec nos oppositions et nos refus des amendements. Le rapport de l'Inserm fut âprement critiqué. R. Gori répondit dans son interview au journal Le Monde qu'il ne lui inspirait que du dégoût. Certes, il appartiendra au méthodologue et à l'épistémologue, pour lesquels les noms notamment de Bachelard ou de Canguilhem ne sont pas des inconnus, de démontrer, citations à l'appui, la mascarade de cette étude. Il faudra énumérer les erreurs, les confusions, le rassemblement, sous le terme d'approche psychodynamique (psychanalytique), de pratiques hétéroclites - un vrai bric-à-brac. Quant au lecteur des publications cliniques, il se demandera quel usage a été fait des innombrables études de cas présentées, des résultats cliniques démontrés année après année. La réponse est simple : le Centre d'expertise collective de l'Inserm ne lit que les publications anglo-saxonnes, au nom justement des critères de pertinence. Bref, ce rapport est une horreur simple, tranquille, sûre d'elle - une horreur ordinaire. Pour la première fois, de cette façon « scientifique », on veut tordre le coup de la psychanalyse. C'est cette mascarade scientiste qui fut dénoncée.

2 - Extra-territorialité
Quatre psychiatres orientés par la psychanalyse - qui en leur temps avaient choisi la psychiatrie justement pour n'être pas médecins de la médecine des seuls organismes - insistèrent sur les formes de cette horreur ordinaire qui se met en place : une psychiatrie qui tend à substituer à la problématique du sujet qui souffre et parle une logique du cerveau. Ils témoignèrent de cet effarement privé où ce qui avait orienté leurs choix et décisions cliniques était désormais attaqué, contesté. Ils se demandaient s'ils n'étaient pas les anciens d'une époque révolue.
Sébastien Giudicelli, professeur de psychiatrie, Dimitris Karavokyros, médecin-chef de service dans les Alpes, rappelèrent ce que la psychiatrie doit aux Lumières, et comment notre combat s'oppose à l'obscurantisme pseudo-scientifique des nouvelles approches du cerveau. La causalité psychique de J. Lacan fut rappelée comme outil toujours vif pour s'opposer aux « félons ». Georges Verdiani et Linda Sarfati (de l'Association française des psychiatres d'exercice privé-SNPP), engagés dans des associations lacaniennes, expliquèrent la bêtise de ces amendements et insistèrent sur l'extraterritorialité de toute pratique psychanalytique. Deux psychothérapeutes, habitués à nos forums et à prendre activement la parole, Philippe Grauer, président du SNPPsy, et Bruno Dal-Palu, président de l'Affop, rappelèrent que le traitement, par les pouvoirs publics, des psychothérapeutes est une exclusion qui oublie la fonction sociale de l'écoute. Ils reprirent très pédagogiquement les exigences de cette profession qui 'auto-organise. °°

3 - Loi ou régulation sociale Les élus politiques étaient là en nombre.
Ils voulurent avec véhémence donner leur position. Michel Amiel, médecin, maire et conseiller général socialiste représentant le président du CG, Robert Bret, sénateur communiste, Alain Hayot, vice-président communiste du Conseil régional Paca, Christophe Madrolle, adjoint Vert du maire de Marseille, Philippe Sanmarco, tête de liste de Région citoyenne, insistèrent sur la politique générale dans laquelle d'après eux s'inscrit cette furie réglementaire : la destruction des grands acquis sociaux issus de la Libération. Certes, la campagne électorale en cours donnait des accents de tribun à tel ou tel, mais l'appui et le soutien exprimés étaient sincères.
François-Xavier De Peretti, maire-adjoint d'Aix, secrétaire général de l'UDF pour les Bouches-du-Rhône, montra que la notion de vide juridique à combler est anti démocratique, et citant un texte de Hobbes il insista sur la nécessité que la loi ne soit pas-toute - les interstices ayant leur fonction sociale. Michel Vauzelle, président de la région Paca, ancien ministre de la justice, dans une intervention combative insista sur les formes politiques impliquées par ces choix de société que signent ces divers amendements. En tant qu'ancien garde des sceaux, il martela les limites de la loi réduite à des règlements se substituant aux régulations sociales.

4 - Choix de société
La seconde partie posait la question suivante : au-delà des psys, quels choix de sociétés ?
Deux professeurs de médecine, Jean-Louis Sanmarco (santé publique) et Jean-Robert Delpero (chirurgie cancérologique), décontractés et percutants, expliquèrent en quoi et comment l'enjeu de l'évaluation dans leurs disciplines était moins d'établir la liste d'une totale qualité idéale que de faire surgir un pas-tout médical laissant sa place à la parole inévaluable du sujet. Gilbert Collard, avocat médiatique, habitué des plateaux télé, montra en quoi l'expertise qui fixe a priori le criminel dans son crime va de pair avec une désubjectivation de l'instance de la preuve. Daniel Liotta, agrégé de philosophie, Michel Péraldi, directeur de recherche au Cnrs, sociologue, apportèrent leur grain de sel. Le style du Forum était actif ; les voix devenaient plus amples, plus sèches pour exprimer un non, un « c'est assez ». Jean-Pierre Cometti, professeur et directeur du département de philosophie d'Aix assista à tout le débat promettant une réflexion pour une occasion prochaine. Deux chercheurs du collectif « Sauvons la recherche », Éric Vivier, professeur d'immunologie, et Y. Ben Ari, directeur du laboratoire de neurobiologie intégrative de Luminy, dirent, presque les larmes aux yeux, avec la rage nécessaire face à un outil de travail qui est en voie de destruction, combien ils voulaient donner le goût de la recherche. Ils rappelèrent comment l'intelligence de la main est inséparable du concept qui oriente. Deux directeurs de théâtre, Françoise Chatôt pour le Gyptis, Richard Martin pour le Toursky, dirent leur plaisir à être là. L'expertise, ils connaissent. Responsables d'importantes structures, ils savent les arcanes des commissions, le pouvoir des évaluateurs et leurs effets sur les décisions des élus qui subventionnent. Ils firent entendre la voix des artistes, des saltimbanques. Ils insistèrent : notre combat est aussi et toujours le leur.

5 En conclusion.
Florence-Louise Petetin, habituée des galeries d'art contemporain, avait exposé sur le tableau noir de l'amphi de droit une immense toile (8 mètres sur 3) représentant un bureau. Elle expliqua, par un texte émouvant, en quoi la logique du travail n'avait pour elle aucune évidence. Elle avait peint ce tableau d'un bureau comme un travail de bureau qui n'en serait plus un. Christine Breton, conservateur, fit entendre la présence de l'artiste dans la cité. Thelma Sowley dit en quoi et comment l'Amérique qu'elle avait connue et qu'elle retrouvait parfois lui inspirait de l'éloignement.

Au bout de plus de six heures de présence non-stop, le Forum, volontairement sans conclusion toute faite, se termina. Un seul mot : un état des forces, nouveau, puissant, se manifestait. Que deviendra-t-il ? En tout cas, il fut évident pour chacun que le mouvement ne faisait que commencer.
- Hervé CastanetFORUM DE MONTPELLIERParis, le 18 mars (ALP) - La Gazette de Montpellier et le Midi-Libre avaient annoncé l'événement, la première en titrant : « La grande colère des psys » et le second : « Les psys entrent en résistance ». Divergence FM et Radio Aviva nous ont offert l'occasion d'explications détaillées. De 14 h à 20 h, 320 participants, 17 interventions, des questions pertinentes de la salle, un grand moment. Marc Lévy ouvrit les travaux par un appel à la résistance contre le domptage épistémique. Puis Augustin Menard, soulignant l'importance d'une éthique des conséquences, adressa une mise en garde : « L'utopie promet le bonheur mais elle conduit à l'enfer réglementaire. » Anne Szulzynger sut émouvoir l'assistance en rapportant une scène d'indignité vécue par elle en Russie. Bruno Dal-Palu nous lut une lettre par lui adressée au Ministre de la Santé. Cette missive au ton ferme dénonçait non sans humour une certaine hypocrisie des pouvoirs publics. Hervé Bokobza s'expliqua longuement pour étayer la position sur laquelle il campe : ne peuvent exercer que les praticiens qui ont une formation reconnue en psychopathologie. Paul Lacaze (du SNPP) se montra plus incisif et plus engagé : après avoir dénoncé «l'emprise de l'idéologie dominante», il exprima son hostilité à l'égard de toute forme d'évaluation. Jean-François Pascual, avec un humour décapant, dénonça l'emprise de la gestion comptable hospitalière sur le soin. Puis nous avons écouté Ariane Anastassopoulos, psychothérapeute, et Rajaa Stitou souleva l'enthousiasme par sa démonstration : « Le tout évaluable rate sa cible. » Françoise Bareau conclut la première séquence en exprimant clairement son refus d'être, comme psychologue, l'auxiliaire du psychiatre. Après le débat avec l'auditoire, Jean-Paul Guillemoles en appelait à la constitution d'un groupe de psychologues freudiens et Josiane Vidal, déplorant poétiquement la mise à mal de la poésie, faisait la charnière entre les deux séquences.
C'est alors que Guilhem Dezeuze, juriste, donna sa réponse en posant la question : « Comment le droit peut-il traiter l'acte analytique ?»Sébastien Galland dénonça, en brillant philosophe, le risque « d'apparaître dans la clarté impossible de la loi », en affirmant que « l'évaluation c'est la négation de l'exception du cas ». Puis ce fut le tour de ce personnage d'exception, directeur du Printemps des Comédiens. Sans une note, depuis sa haute stature, Daniel Bedos parla peu, mais si bien : « L'avenir est à inventer, l'acte devra supplanter le blabla. ». Maurice Duval, anthropologue, dénonça « l'effet pervers de l'idéologie égalitariste ». Enfin, Claude-Guy Bruere-Dawson conclut la séquence en rappelant le texte de Freud de 1919 sur l'introduction de la psychanalyse à l'université. Après un bref débat, Marc Lévy ouvrit la séquence politique en lisant son intervention auprès de M. J. Barrot, les lettres à lui adressées par quelques députés et sénateurs, avant de procéder à la lecture complète des quatre pages rédigées par le sénateur Adrien Gouteyron. Retenu à la dernière minute par un déplacement du Ministre de l'Intérieur dans son département de la Haute-Loire, M. Gouteyron a cependant tenu à s'adresser au Forum. La qualité de cet écrit, le courage de son rédacteur ont amené Marc Lévy à proposer aux participants le vote d'une motion. Celle-ci fut adoptée à l'unanimité. Voici cette motion : « Les participants au Forum des psys, réunis au Corum de Montpellier le 13 mars 2004, remercient M. Adrien Gouteyron pour la position courageuse qu'il a prise et pour l'amendement humaniste qu'il a déposé. Ils le prient de bien vouloir continuer à porter leurs espoirs en intervenant au plus haut niveau de l'État pour que ce qui institue l'humain dans l'homme fasse l'objet du respect le plus scrupuleux. Ils mandatent Marc Lévy pour faire parvenir la présente motion à M. Gouteyron. »
- Marc Lévy